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Les systèmes alimentaires sont soumis à certains facteurs déterminants qui en affectent le fonctionnement, souvent avec des incertitudes et des conséquences imprévues. Le Haut Panel d’Experts du Comité pour la Sécurité alimentaire mondiale (HLPE) a identifié, dans son dernier rapport, une série de tendances qui ont une influence fondamentale sur les systèmes alimentaires. Il est important d’être conscient que ces tendances évoluent constamment et interagissent les unes avec les autres de manière complexe.

Les facteurs déterminants

pictoFacteurs biophysiques et environnementaux

Les changements climatiques impactent particulièrement le secteur de l’agriculture en raison de sa dépendance aux ressources naturelles et aux conditions météorologiques. Mais l’agriculture n’en est pas seulement victime : elle en est aussi une des principales causes. En effet, l’agriculture est le deuxième secteur économique le plus émetteur de gaz à effet de serre. La dégradation accélérée des ressources naturelles qui s’observe dans la perte de biodiversité, la pénurie d’eau douce, la déforestation, la dégradation des terres, la perte de fertilité des sols et leur pollution, est en grande partie liée à l’expansion des activités agricoles. Par exemple, l’agriculture utilise des quantités d’eau très importantes. Elle est responsable, en moyenne, de 70% des prélèvements d’eau douce. Une autre illustration de cette dégradation des ressources naturelle est la perte de 75% de la diversité des cultures au cours du 20e siècle. Aujourd’hui, trois céréales représentent plus de 40% de l’approvisionnement mondial en calories alimentaires. « À mesure que la diversité des cultures diminue, les agroécosystèmes deviennent moins résistants aux stress tels que le changement climatique, les agents pathogènes et autres ravageurs 20 ». Il ressort de ce stress sur l’environnement deux autres tendances observables : l’émergence de maladies et la croissance des populations de ravageurs.

pictoFacteurs liés à l’innovation, à la technologie et aux infrastructures

« Une prise de conscience accrue de la relation entre l’agriculture et les systèmes écologiques a conduit à un soutien croissant à l’innovation pour des modes de production agricole durables. Bien qu’il y ait un large consensus sur la nécessité de pratiques agricoles plus durables, il y a désaccord sur les innovations les plus prometteuses pour y parvenir » 21 . Si de plus en plus d’acteurs des systèmes alimentaires soutiennent une approche agroécologique, d’autres intervenants préconisent le recours à une digitalisation plus importante.

Les nouvelles technologies de sélection végétale ont entrainé une augmentation considérable des semis de cultures OGM. Alors qu’historiquement ces cultures se trouvaient majoritairement dans les pays du Nord, on observe un changement de répartition avec plus de la moitié de la superficie cultivée actuelle d’OGM dans des pays du Sud.

Malgré les avancées technologiques, il reste de larges faiblesses au niveau des infrastructures de manutention et de stockage après-récolte. Cela entraîne des pertes qui affectent la disponibilité alimentaire de manière importante pour les petits agriculteurs.

pictoFacteurs économiques et liés aux marchés

La mondialisation a entraîné un allongement considérable des chaînes d’approvisionnement alimentaire, éloignant davantage les consommateurs des producteurs. Cette évolution rapide des systèmes alimentaires s’est traduite par une expansion des marchés alimentaires et agricoles. Environ 20 à 25% de la production alimentaire sont échangés sur les marchés internationaux. Un nombre croissant de personnes dépend de ces marchés pour sa sécurité alimentaire.

La concentration croissante dans les chaînes d’approvisionnement agroalimentaire a permis aux grandes entreprises de l’agro-industrie d’acquérir de plus en plus de pouvoir et d’influence au sein des systèmes alimentaires, au détriment des autres acteurs.

De plus, au cours des dernières décennies, une part importante de la production agricole et de l’utilisation des terres des activités liées à l’alimentation humaine s’est tournée vers l’alimentation animale et les biocarburants. L’évolution de la demande entre alimentation humaine, alimentation animale et carburant a des implications importantes pour la sécurité alimentaire, la déforestation et l’utilisation des terres et l’environnement. Cette évolution a entraîné une augmentation de la consommation de produits carnés, déplaçant ainsi l’utilisation des céréales de la consommation humaine directe à la consommation indirecte via les animaux. En 2010, environ 34% de la production céréalière mondiale étaient destinés à l’alimentation animale.

Bien que constituant la grande majorité des exploitations agricoles dans le monde, les producteurs des petites exploitations sont le plus souvent ceux qui manquent d’ac cès aux ressources agricoles, notamment la terre, les intrants et les marchés. Les petites exploitations de moins de 2 hectares représentent environ 84% de toutes les exploitations, mais n’occupent que 12% des terres agricoles disponibles dans le monde.

Au regard de ces difficultés dans l’accès aux ressources, il reste difficile pour les petits producteurs d’adapter leur modèle de production pour le rendre plus durable.

pictoFacteurs politiques et institutionnels

Alors que les États ont eu tendance à réduire leur rôle dans la gouvernance de la sécurité alimentaire, d’autres voix venant du secteur privé et de la société civile se sont fait entendre. De nombreuses initiatives internationales ont émergé, créant de facto une concurrence au Comité pour la Sécurité Alimentaire mondiale dans la gouvernance de la sécurité alimentaire. Cette gouvernance fragmentée empêche la mise en œuvre à grande échelle de nombreuses recommandations et directives politiques.

Les acteurs du secteur privé font également régulièrement pression sur les gouvernements afin d’influencer les exigences réglementaires dans tous les systèmes alimentaires, de l’enregistrement des semences et des produits agrochimiques, aux réglementations en matière de sécurité alimentaire, en passant par la politique commerciale agricole et l’étiquetage des denrées alimentaires.

D’autre part, une réduction des investissements du secteur public dans l’agriculture est observée dans toutes les régions du monde depuis les années 80.

pictoFacteurs socioculturels

Les inégalités persistantes dans l’accès aux ressources agricoles et des revenus sont liées à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Elles sont particulièrement problématiques pour les populations agricoles rurales. Des taux élevés d’inégalité affectent également la résilience des communautés à résister aux chocs tels que les catastrophes liées au climat et les augmentations des prix des denrées alimentaires. Bien qu’elles jouent un rôle central à toutes les étapes des systèmes alimentaires, le travail effectué par les femmes n’est pas suffisamment reconnu ou adéquatement soutenu par les politiques publiques. La progression de l’autonomisation des femmes reste très lente.

pictoFacteurs démographiques

Les changements démographiques affectent les modèles de production et consommation alimentaires. En 2050, on estime que la population mondiale totale atteindra environ 9,7 milliards de personnes. Cette croissance de la population devrait contribuer à maintenir à la hausse la demande alimentaire. Néanmoins, l’ampleur de cette augmentation dépendra de l’évolution des choix de consommation alimentaire mais aussi de notre capacité à réduire les pertes et le gaspillage.

L’urbanisation contribue également à changer les régimes alimentaires. L’exode rural et les modes de vie urbains vont de pair avec une demande accrue d’aliments faciles à préparer et transformés. L’augmentation de la consommation de produits alimentaires de ce type a des conséquences importantes sur la santé des populations et les systèmes qui y sont liés.

Malgré un discours sur le manque d’intérêt des jeunes pour l’agriculture et l’emploi agricole, des études récentes estiment que l’âge moyen des agriculteurs dans les pays à faible revenu est en baisse contrairement aux régions à revenu élevé comme le Japon, l’Europe et l’Amérique du Nord où les populations rurales sont vieillissantes. Ceci laisse à penser que le travail agricole reste une opportunité pour les jeunes ruraux.

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20 IPBES, 2019

21 HLPE, 2020.

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